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Le Ministère Libanais des Travaux
Publics a entrepris, en avril 1998, des travaux de remblaiement
d’une partie de la baie de Tyr afin d’élargir la voie d’entrée
Nord de la ville. Il a été procédé au remblai de la mer sur
50 mètres de large alors que des terrains appartenant à l’état
de 20 mètres de large existaient du côté opposé à la mer, libres
de toute construction qui pouvaient être utilisés immédiatement
et qui aurait permis ainsi de conserver, dans l’intérêt de la
collectivité, cette baie magnifique réputée pour sa beauté historique.
Malheureusement, des tonnes de remblais ont été déversées dans
cette zone sans tenir compte du potentiel archéologique sous-marin,
de l’environnement et de l’histoire.
Le 10 juin 1998, le Président de l’AIST, Monsieur Jean Leclant
avait adressé au Ministre Libanais de la Culture et au Ministre
Libanais des Travaux Publics, la motion votée par l’AIST le
4 juin 1998, à l’UNESCO, lors de son Assemblée Générale priant
«instamment et respectueusement le Gouvernement du Liban d’ordonner,
en tant que mesure conservatoire, l’arrêt immédiat des travaux
de remblaiement avant que des dommages irréparables ne soient
infligés à un site historique d’une inestimable valeur».
Il est à noter que le Ministre de l’Environnement, M. Akram
Chehayeb a prononcé un vibrant plaidoyer en faveur de la préservation
des sites naturels. La presse libanaise a également vivement
dénoncé ce projet à plusieurs reprises.
Suite
à nos courriers, le Directeur Général de l’UNESCO vivement préoccupé
par la situation à Tyr a rappelé aux autorités libanaises les
obligations qui leur incombent en leur qualité de signataires
des conventions internationales relatives à la protection du
patrimoine culturel et du fait des engagements qu’elles ont
pris dans le cadre de la Campagne Internationale pour Tyr. Il
a, en outre, chargé le Directeur de la Division du patrimoine
culturel et le Directeur du Centre du patrimoine mondial d’adresser
au Ministre libanais des travaux publics une lettre pour le
prier de surseoir à tous travaux modifiant le caractère du site
de Tyr et de ses environs, en rappelant les dispositions de
la recommandation adoptée par le Bureau du patrimoine mondial
à sa 22è session (22-27 juin 1998).
En Juillet 1998, Monsieur Drocourt, l’expert mandaté par l’UNESCO
recommandait dans les conclusions de son rapport:
- de revoir la localisation du nouveau port proposé sur la partie
Nord de l’isthme dans un secteur dont la géomorphologie indique
l’inaptitude dans la perspective de la protection de la zone
côtière. Ce secteur est également concerné par les implantations
anciennes et leurs infrastructures qui se prolongent depuis
le port sidonien. Ainsi que l’indique la documentation tels
que les plans géologiques et les niveaux marins, les photos
aériennes couvrant la période de 1930 à 1970, ce secteur de
limons, dunes et « beach-rock » n’est pas adapté à un aménagement
de port touristique de grande échelle ainsi qu’il est prévu
dans le projet de Plan Directeur d’Urbanisme de Tyr
- de revoir les comblements prévus sur les zones Nord et sud
de l’isthme pour aménagement d’espaces publics à caractère touristique
et commercial, qui déforment l’image de la ville historique
de Tyr tant phénicienne, hellénistique, romaine, byzantine,
médiévale chrétienne et ottomane. Les remblaiements déjà entrepris
et achevés pour partie, qui ont permis l’établissement d’une
plate-forme sur la mer à l’emplacement du rivage antique doivent
être modifiés pour retrouver une ligne de côte plus conforme
à la ville connue par son histoire.
Grâce aux interventions du Président du Comité Français, M.
l’Ambassadeur Paul Blanc, un excellent article de Madame Anne-Marie
ROMERO « La ville de Tyr sous les bulldozers » a été publié
dans le Figaro du lundi 28 septembre 1998. Cet article a eu
le mérite de montrer la nécessité de préserver ce site « chef
d’œuvre du patrimoine mondial » contre « les assauts destructeurs
des engins de terrassement ». Une carte très explicite montrait
les travaux menés dans les zones archéologiques. Notre bureau
à Paris a reçu de nombreux appels à la suite de cette publication.
Malheureusement, aujourd’hui, les travaux sont terminés causant
des dégâts irréversibles.
Rappelons que, déjà en 1987, une grande partie du port Nord
(sidonien) avait été remblayée pour permettre la construction
d’installations portuaires (immeubles, douanes, parking...).
Aujourd’hui, des immeubles de 16 et 17 étages se dressent sur
les sites « protégés ». Des découvertes fortuites capitales
pour l’histoire de la cité (basilique paléochrétienne, sarcophages,...
) ont subi des dégâts irrémédiables.
Pourtant nous avons pu constater qu’une action énergique pouvait
stopper ces projets insensés puisque notre campagne de sensibilisation
contre les projets de remblaiement de la baie de Tyr pour la
création d’un port touristique et d’un port commercial ont été
suspendus grâce notamment aux différentes interventions du Centre
du Patrimoine Mondial et de l’UNESCO auprès des Autorités Libanaises. |
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