Les Phéniciens prenant en considération les vents maritimes avaient coutume de construire dans les villes du littoral deux ports, un Nord et un Sud.



Tyr, la mère de Carthage, dont les navires parcouraient jadis toutes les mers, possédait des ports proportionnés à son immense commerce : un port Nord connu sous le nom de "Port Sidonien" et un port Sud, le plus grand du monde antique, connu sous le nom de "Port Egyptien", étant donné les relations commerciales importantes entre la Phénicie et l'Egypte.

Le port commercial actuel de Tyr est construit sur l'ancien port Sidonien. D'après les manuscrits, il était plus large que le port actuel et c'était probablement l'entrée principale de la ville par la mer.

•En ce qui concerne le port Egyptien, entre 1934 et 1936, le R.P. Poidebard, qui était pendant la dernière guerre mondiale l'un des grands commandants de l'Armée de l'Air, fit des relevés aériens et sous-marins et rédigeât un livre sur ses travaux : "Tyr, un grand port disparu", Geuthner, 1939. D'après les résultats de ses recherches effectuées avec l'Emir Maurice Chehab, ce port s'étendait d'une des pointes de Tyr jusqu'à Tell Rachidieh.

•L'Emir Chéhab qui a découvert que certaines parties internes de ce port sont recouvertes de sable et de glaise depuis le Moyen-Age considère que « Si ces ports sont mis au jour, Tyr peut redevenir l'un des sites archéologiques le plus important du monde ce qui inciterait d'autres nations à participer à la mise en valeur de ce patrimoine de l'humanité ». Aujourd'hui, il existe encore sous l'eau, de nombreux vestiges de ce port qui était en partie taillé dans le roc et dont la jetée dépassait un kilomètre et demi.

•En 1966, la célèbre archéologue, Honor A. Frost confirmait la présence de vestiges archéologiques sous-marins.

•En 1972, Sir Robert F. Marx en collaboration avec le Département des Antiquités au Liban remontait des amphores, des statuettes et des objets provenant certainement d’épaves de navires datant du V° siècle av. J.-C.

•En 1993, le Professeur Ozhan de l'Université Technique du Moyen-Orient (Ankara) soulignait le grave danger que représentait la modification du littoral de Tyr notamment à cause de l’abaissement progressif des hauts fonds dû à l’extraction de sable et aux mouvements d’affaissement.

•En 1998, le Professeur Daniel Drocourt, Directeur de l’Atelier du Patrimoine de la ville de Marseille, a jugé qu’il aurait été nécessaire de procéder avant les travaux de remblaiement réalisés pour élargir et agrémenter la voie d’entrée de la ville, à « une investigation archéologique à cet emplacement».

Tous les rapports des différentes missions effectuées à Tyr recommandent que les fouilles subaquatiques reprennent.

Rappelons que l'abordage de Tyr était très dangereux à l'époque antique à cause de l'affleurement des rochers sous la surface de l'eau et de la direction des vents. De nombreux navires avec leurs charges entières ont coulé près du rivage ou des môles des ports antiques. Aujourd'hui, de nombreux plongeurs remontent, régulièrement, des amphores, des statuettes et d'autres objets provenant certainement d'épaves de navires qui dorment sous l'eau en attendant d'être révélées au monde.

Fin mars 2001, la découverte d’une cité engloutie sous la mer, vieille de 4000 ans, « Yarmouta » face à Zahrani, à 7 kilomètres au Nord de Tyr, témoigne s’il en est besoin de l’extrême richesse de ce littoral. C’est un indice supplémentaire sur la possibilité d'un glissement progressif dans l'eau de la côte libanaise. Ces vestiges, qui couvrent une surface d'environ 4 km², se trouvent entre 3 et 17 mètres de profondeur, entre 100 et 800 mètres de la côte. Parmi les ruines, un mur de 70 cm d'épaisseur et de 30 mètres de long a été découvert à quelques dizaines de mètres de la côte en bon état de conservation. Selon l'historien Youssef Hourani, des rues pavées, sous les algues ont été retrouvées à 5 m de profondeur ainsi que des amas de pierres ayant dû servir à la construction d'habitations. Des restes d'un escalier, des places et des digues ont également été découverts plus au loin de la côte, jusqu'à plus de 15 mètres de profondeur. Le nom de Yarmouta figure dans les Lettres de Tell Amarna, écrites par le gouverneur de Byblos en 1370 av. J.-C. Yarmouta y est décrite comme un centre important d'approvisionnement en bois pour les pharaons égyptiens. A l'époque, de grandes forêts de cèdres recouvraient le Liban.


BIBLIOGRAPHIE:
Un grand port disparu : Tyr, A. Poidebard, Paris, Librairie Orientaliste Paul Geuthner, 1939.
The offshore island harbour at Sidon and other Phoenician sites, Honor Frost, International journal of Nautical Archaeology
Recent observations on the submerged harbourworks at Tyre, Bulletin du Musée de Beyrouth, 24, 1971.
Tyre through the Ages, Nina Jidejian, Dar el-Machreq Editeurs, Beyrouth, 1971
The Heritage of Tyre, Essays on the history, archaeology and preservation of Tyre, Edited by Martha Sharp Joukowsky, Kendall/hunt publishing company,1992.
Les Phéniciens et l'Odysée, A. Colin, 1927
The Phoenicians, Donald Harden, Thames & Hudson, 1963
L'épopée des Phéniciens, Sabatino Moscati, Fayard, 1971
Los Fenicios en la Peninsula Iberica, Gregorio del Olmo Lete & Maria Eugenia Aubet Semmler, Ed. Ausa, 1986
Les Phéniciens, Sabatino Moscati & Pierre Amiet, Belfon 1988, Le Chemin Vert, 1989, 1990
Les premiers marchands des mers, Maitland Armstrong Edey, Time Life International, 1974
Le Levant et la mer, William Culican, 1967 (Phéniciens & Hittites)
A major marine archaeological project centered around the ancient phoenician ports of Tyr, Sidon and Byblos, Expédition Sir Robert F. Marx
Did the Phoenicians cross the Atlantic? Ross T. Christensen, Young University (USA)