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Depuis
de nombreuses années, nous constatons à Tyr, l’absence d’une
réelle prise en compte des données archéologiques, or, il est
indispensable que la conservation et la mise en valeur des sites
ainsi que l’aménagement de l’infrastructure de la ville de Tyr
soient fondées sur des recherches et des études sérieuses afin
que les travaux futurs ne s’accompagnent de dommages irréversibles.
Depuis 1986 et à maintes reprises, l’Association Internationale
pour la Sauvegarde de Tyr a attiré l’attention des Autorités
Libanaises, des responsables de l’UNESCO, de l’ICOMOS... sur
certains projets préjudiciables à l’avenir de cette cité antique
: - Extraction de sable sur le littoral de Tyr
- Remblaiement du port et de la baie Nord de Tyr
- Tracé de l'autoroute du sud
- Tracé du réseau ferroviaire
- Travaux d’infrastructure dans les camps palestiniens de -
Bass, Borj et Tel El Rachidieh
- Réserve naturelle de Tyr
Les rapports des experts envoyés en mission à Tyr sont
unanimes quant à l’urbanisme sauvage qui ne cesse de peser lourdement
sur le site archéologique de Tyr et de ses environs et d’hypothéquer
son avenir. Tous dénoncent ces projets qui dénaturent la ville
et ses environs et appellent à une action urgente qui mettrait
fin à ces dégradations.
Dès octobre 1987,’dans son rapport de mission adressé à l’UNESCO,
le Dr Ibrahim Kaoukabani, archéologue libanais décrit la ville
de Tyr qui a subi : « une transformation urbaine radicale où
des constructions surgissent même sur les zones de fouilles
». En
mai 1991, dans son rapport de mission, le Dr M’Hamad Fantar,
Directeur du Centre d’Etudes phéniciennes et puniques à Tunis
et membre de notre Association écrivait : « Il y a tout lieu
de pousser un cri d’alarme pour la sauvegarde de Tyr et de ses
environs... Un des facteurs qui ne cesse de peser lourdement
sur le site archéologique de Tyr et d’hypothéquer son avenir
relève d’un urbanisme sauvage, d’une politique de promoteurs
privés … qui ne respectent aucune règle. Les plans d’aménagement
qui semblent avoir prévu la protection du site et de son environnement
sont outrageusement nargués et ignorés... Des tours à plusieurs
étages ont envahi le site ; le fameux pont d’Alexandre qui reliait
l’île au continent est aujourd’hui occupé par des constructions
modernes ; l’ancien port Egyptien a été remblayé : toute la
zone côtière est défigurée. Pour bâtir, les promoteurs ne respectent
même pas la nature du sol... l’une des tours érigées non loin
du site s’est écroulée, il y a eu des victimes... ».
Le Dr Fantar a souligné également la croissance urbaine anarchique
dans la vieille ville : « partout la laideur du béton se substitue
à la beauté de la pierre, de la tuile rouge et de la boiserie...
Pourtant la ville de Tyr dispose d’une somme considérable de
potentialité pour se développer, s’épanouir et se promouvoir
en un centre de rayonnement à l’échelle de la région et du pays
dans son ensemble... »
Concernant Tell el-rachidieh et Borj el-Chemali, le Dr Fantar
décrivait : « ...une situation véritablement dramatique... L’Emir
Maurice Chehab a souligné l’importance historique de ces tells
et a attiré l’attention sur la menace qui pèse sur leurs richesses
archéologiques... une action urgente et efficace pourrait cependant
sauver le reste ».
En février 1992, le Dr Annie Caubet, conservateur Général du
Patrimoine chargé du Département des Antiquités Orientales au
Musée du Louvre et membre de notre Association a pu se rendre
à Tyr où elle a constaté : « ...La nécropole occupée à l’époque
romaine par des monuments spectaculaires, hippodrome et rue
à colonnes est aujourd’hui entourée de hauts bâtiments modernes...
L’urbanisation galopante menace les sites non encore explorés...
»
En mai 1993, le rapport alarmant du Professeur Adnan Ozhan de
l’Université Technique du Moyen-Orient d’Ankara dénonçait les
extractions de sable utilisé dans les constructions immobilières
accélérant ainsi le processus d’érosion de la côte de Tyr et
causant des dommages irrémédiables au littoral. Lors
du lancement officiel de la Campagne Internationale en faveur
de Tyr, le 3 mars 1998, le Directeur Général de l’UNESCO, Monsieur
Federico Mayor a souligné l’importance du plan directeur d’urbanisme,
étape prioritaire qui devra prendre en considération les données
archéologiques dans le développement urbain de cette cité millénaire.
Sa déclaration à la presse, le même jour, a été sans équivoque
: «...J’ai demandé que l’on établisse avant tout un plan directeur.
Ce matin, j’ai parlé avec toute l’autorité qui s’impose pour
que l’urbanisme sauvage soit combattu et que les constructions
en infraction soient détruites...maintenant, il faut le dire
clairement : le plan directeur devra être suivi. Je vais être
ferme et je pense que sur le plan éthique, nous ne pouvons pas
pour de grands problèmes, trouver de petites solutions. Après
l’histoire jugera que nous n’avons pas été à la hauteur ».
Pourtant, nous avons constaté que malgré le discours ferme du
Directeur Général de l’UNESCO, malgré les rapports des experts,
plusieurs projets dommageables pour Tyr ont été réalisés avec
l’agrément des autorités libanaises sans qu’aucune étude de
faisabilité justifiant un intérêt à long terme, qu’aucune enquête
sociale permettant de mesurer les choix de la population locale,
qu’aucune étude d’impact évaluant les retombées environnementales
ne viennent légitimer ces entreprises.
Il est à souligner que la population locale est vivement préoccupée
par les conséquences de ces projets. Certes, la reconstruction
du système de voirie capable de relier les grandes villes du
littoral est nécessaire, mais pas à n’importe quel prix. Quant
au remblai de la mer, il risque de détruire le fragile équilibre
qui favorise la vie de la flore et de la faune marines. Les
Tyriens sont conscients que le riche patrimoine de Tyr est un
facteur considérable de développement du fait du futur essor
du tourisme qui constituera une source importante de revenus
et d'emplois et à ce titre, ils tiennent à son respect. Il relève,
cependant, de la responsabilité des spécialistes de démontrer
qu’il existe des alternatives aux projets retenus qui permettront
un développement de la ville intégré à ses spécificités culturelles
et historiques. |
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