 |
|
 |
|
|
 |
|
|

Par le Révérend Père Jean Starcky ()
Directeur de Recherce Honoraire (CNRS)
(Chronique trimestrielle de l'AIST - Avril 1984) |
 |
D’après l’historien grec Hérodote
qui s’y rend en 45 av. J.-C., c’est vers 2750 av. J.-C. qu’est
fondée la ville de Tyr. En fait, il s’agit de l’arrivée au Liban
des Cananéens et des Sémites dont le dialecte deviendra le phénicien.
Les futures fouilles de Tyr atteindront sans doute des niveaux
profonds attestant qu’avant cette date d’autres populations
habitaient le site, comme c’est le cas pour Byblos ou Ugarit.
Au XIV° siècle av. J.-C., les archives du Pharaon Aménophis
IV (Akhenaton) contiennent dix lettres adressées par le roi
de Tyr Abimilki pour lui demander secours contre les envahisseurs
venus du pays d’Amourrou, en Syrie. Elles sont rédigées en Acadien,
la langue diplomatique de l’époque, mais divers indices prouvent
que la langue parlée à Tyr était déjà le phénicien. Au siècle
suivant l’Egypte reprend le contrôle de la ville, comme le prouvent
deux inscriptions égyptiennes portant le nom de Séti 1er et
celui de Ramsès II, retrouvées dans des déblais près du cimetière
chiite actuel.
Vers
1200 av. J.-C., l’invasion des « peuples de la mer » libère
la Phénicie de la tutelle égyptienne. Durant 10 siècles, Tyr
sera le port phénicien le plus actif et fondera des comptoirs
et des colonies sur tout le pourtour de la Méditerranée et même
au-delà du détroit de Gibraltar, à Lixus sur la côte marocaine
et à Gadès (l’actuelle Cadix) sur la côte de l’Espagne et la
route des métaux. Parmi les marchandises exportées par Tyr,
rappelons les étoffes teintes de pourpre et certains types de
céramiques. Vers 967 av. J.-C. Salomon demande au roi Hiram
de Tyr le bois de cèdre et les artisans nécessaires à la construction
de son palais et du Temple de Jérusalem, et un siècle plus tard,
la fille d’Ithobaal, roi de Tyr et Sidon, Jézabel, devient l’épouse
du roi Achab d’Israël, et leur fille Athalie épouse le rois
de Juda Joram.
C’est vers 814 qu’Elissa, sœur du roi de Tyr Pygmalion, fonde
Carthage, la « ville nouvelle » (Quart Hadasht en Phénicien).
Dans la tradition reprise par Virgile, elle s’appelle Didon.
Le poète nous la montre éprise du héros troyen Enée, qui la
quittera pour fonder une cité sur la colline du Palatin, le
centre de la future Rome que fonderont en 753 ses descendants
Remus et Romulus. En fait la guerre de Troie nous reporterait
du XII° siècle, l’époque des légendes homériques, et il faut
donc dissocier la légende d’Enée du récit de la fondation de
Carthage.
Au IX° siècle, les Phéniciens sont présents en Sardaigne, comme
en témoigne l’inscription de Nora, et à Chypre, qui a pu servir
de relais à la transmission de l’alphabet phénicien aux Grecs.
Au siècle suivant, Hiram, roi de Tyr, avait un gouverneur sur
la côte sud de l’île. Les plus anciennes inscriptions grecques
datent de cette époque, et la célèbre légende de Cadmos fils
du roi de Tyr Agénor, qui après une vaine recherche d’Europe
sa sœur aboutit en Béotie, où il enseigne l’alphabet phénicien,
confirme à sa manière le rôle de Tyr dans la diffusion d’un
instrument de culture devenu universel.
Du IX° au VII° siècle, les cités-états de la Phénicie sont plus
ou moins tributaires de l’Assyrie. De 586 à 574, les troupes
de Nabuchodonosor, roi de Babylone assiègent la ville insulaire
et ruinent la Tyr continentale. Les célèbres prophéties d’Ezéchiel
font l’écho de ces événements, mais aussi de l’ampleur du commerce
de Tyr et de la splendeur de la ville. Pourtant la concurrence
des Grecs en Méditerranée est déjà très active. C’est l’époque
où les Ioniens de Phocée fondent Massalia (Marseille), sur une
côte connue des Phéniciens.
En 539, Cyrus prend Babylone et jusqu’en 333, la Phénicie fera
partie de la V° satrapie perse, avec la Palestine, la Syrie
et Chypre. Son importance est réduite au profit de Sidon. Les
rois de Tyr prêtent leur flotte au Grand Roi dans les luttes
que la Perse mène contre la Grèce.
En
331, Alexandre met fin à l’empire perse. Dès 333, il descend
le long de la côte syro-phénicienne, et après un siège de sept
mois, durant lequel il relie par un môle l’île de Tyr au continent,
il prend la ville d’assaut. Les successeurs d’Alexandre se disputent
la Phénicie, mais de 287 à 200 environ, elle relève de l’Egypte,
puis, jusqu’à l’arrivée des Romains en 64, elle fait partie
de l’Empire Séleucide. L’hellénisation est très intense dans
tous les domaines et le grec restera la langue prépondérante
durant toute la période romaine et byzantine.
C’est de la période romaine que datent la plupart des monuments
de Tyr dégagés par les fouilles : le bel arc qui ouvre la voie
à portiques de l’isthme qui a succédé au môle ; l’imposante
nécropole qui l’avoisine ; l’hippodrome, de près de 500 m de
long ; une allée à colonnes de cipolin, large de 21 m : une
curieuse arène rectangulaire à gradins ; une palestre et des
thermes, et bien d’autres édifices dégagés par l’Emir Maurice
Chéhab, Directeur des Antiquités au Liban. Le chantier qu’il
a ouvert plus au Nord a révélé les restes de la cathédrale,
dont les colonnes de granit rose ont été empruntées par les
Croisés à un temple voisin, sans doute celui d’Hercule ou Héraclès,
le grand dieu de Tyr. Ce temple romain succédait au temple phénicien
de Melqart, dont le nom signifie « le Roi de la ville », un
Baal assimilé à Héraclès. Sa mère, la grande déesse de la ville,
était Astarté, Astéria en grec, l’épouse de Baal-Shamêm, « le
Maître-des-Cieux », assimilé à Zeus. L’emplacement de leurs
temples n’a pas été retrouvé.
Le Christianisme a pénétré très tôt en Phénicie. Non seulement
Jésus à parcouru « le territoire de Tyr » (Marc, 7,24-31), mais
dès 58, l’apôtre Paul trouve à Tyr une communauté chrétienne
déjà formée (Actes des Apôtres 21, 3-7, Cf. 11,19). Le célèbre
théologien Origène y passera la fin de sa vie († 255). La Tyr
romaine compta aussi des géographes comme Marin et des philosophes
comme Maxime et Porphyre. Le commerce tyrien des étoffes, de
la pourpre, du verre, était très prospère et se maintint durant
l’époque byzantine.
En 636, Tyr est soumise à l’Islam, dont elle devient l’arsenal
principal. Elle est la plus commerçante des cités côtières.
A la veille des Croisades, la majeure partie de la population
est chiite. Tyr ne se rendit aux Croisés qu’en juin 1124, mais
resta en leur possession jusqu’en 1291, date du départ des derniers
Croisés. Rappelons que c’est à Tyr que se déroulait le couronnement
des rois de Jérusalem.
Sous le règne des Mamelouks et des Turcs, Tyr perdit son importance.
Récemment, elle reprenait vie, quant la guerre lui porta un
coup qui serait fatal, si la communauté internationale ne lui
venait en aide.
|
© copyright 2002 AIST. All rights reserved. Designed & Developed
by  |
|
|
 |