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L’alphabet phénicien, qui est encore
le nôtre aujourd’hui, a été crée vers l’an 1000 avant l’ère
chrétienne. Il ne représente plus des sons ou des mots à l’image
des hiéroglyphes de l’Égypte ou de l’écriture cunéiforme de
Mésopotamie mais des lettres.
Réduit à 22 caractères, il s’écrit, comme l’arabe, de droite
à gauche.
C’est l’abbé Barthélemy qui déchiffra, en 1758, une inscription
“phénicienne” trouvée à Malte (deux copies différentes) et de
trois autres trouvées à Chypre par R. Pococke. Il confirme ses
lectures à l’aide de monnaies bilingues de Tyr et de Sidon,
et d’une très belle série de tétradrachmes siculo-puniques.
De cette écriture, nous ne connaissons que des inscriptions
gravées sur la pierre, la plus ancienne connue à ce jour étant
sur le tombeau du roi Ahiram de Byblos, gravée en l'an 1000
par son fils sur un sarcophage. Elle emploie 19 lettres sur
les 22 de l'alphabet et présente des traits de séparation entre
les mots.
L'inscription funéraire sur le sarcophage du roi Echmounazor
reste une des plus évocatrices
Au moment de l’apparition de l’écriture alphabétique, dans la
première moitié du second millénaire av. J.-C., deux systèmes
d’écriture étaient en usage dans le monde civilisé d’alors:
- le système égyptien (hiéroglyphes et écriture dite hiératique)
qui n’a débordé que sporadiquement les frontières de l’Empire
Egyptien
- le système d’écriture cunéiforme suméro-accadien qui s’est
répandu dans tout le Proche-Orient ancien, tout en étant utilisé
comme écriture internationale diplomatique
Ces deux grands systèmes d’écriture étaient à la fois idéographiques
et phonographiques, donc lourds et compliqués. C’est dans cette
situation que surgit un nouveau système d’écriture, l’alphabet,
proprement révolutionnaire, mis au point par les Phéniciens
qui l’ont exploité et l’ont diffusé, dès le X° siècle av. J.C,
à travers toute la Méditerranée.
Le texte d’Hérodote nous précise que c’est de Tyr que l’alphabet
phénicien fut transmis aux Grecs. Il s’agit de la légende de
Cadmos, encore illustrée au III° siècle ap. J.-C. par une monnaie
de Gallien, dont le revers montre notre héros offrant un rouleau
de papyrus à trois grecs : "Pendant le séjour que firent
en ce pays les Phéniciens qui avaient accompagné Cadmos, et
au nombre desquels étaient les Géphyriens, ils introduirent
en Grèce plusieurs connaissances et entre autres des lettres,
qui étaient, à mon avis, inconnues auparavant dans ce pays.
Ils les employèrent d'abord de la même manière que tous les
Phéniciens.
Mais dans la suite des temps, ces lettres changèrent avec la
langue et prirent une autre forme. Les pays circonvoisins étant
alors occupés par les Ioniens, ceux-ci adoptèrent ces lettres,
dont les Phéniciens les avaient instruits, mais ils firent quelques
légers changements. Ils convenaient de bonne foi et comme le
voulait la justice, qu'on leur avait donné le nom de lettres
phéniciennes, parce que les Phéniciens les avaient introduites
en Grèce". (Hérodote, II, 59).
Quelques siècles après Hérodote c'est au tour du savant romain
Pline d'écrire : «Le peuple phénicien a l’insigne honneur
d’avoir inventé les lettres de l’alphabet».
Avec l'arrivée d'Alexandre, le phénicien est supplanté par le
grec. De rares inscriptions témoignent cependant de la persistance
de l'usage du phénicien jusqu'à la fin du I° millénaire et par
souci identitaire, les Phéniciens graveront en phénicien le
nom de leurs cités sur leurs monnaies jusqu'aux II°-III° siècles.
Que nous écrivions en français, en anglais, en arabe, nous écrivons
tous en alphabet phénicien. C'est sans aucun doute l'apport
civilisateur des Phéniciens le plus marquant.
Bibliographie :
BARTHELEMY Jean-Jacques, Garde du Cabinet du roi et numismate
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“Réflexions sur quelques monuments phéniciens et les alphabets
qui en résultent”, Mém. AIBL 30 (1764), p. 405-427 et
5 pl.
“Réflexions
générales sur les rapports des langues égyptienne, phénicienne
et grecque”, Mém. AIBL 32 (1768), p. 212-233.
“Explication
d’un bas-relief égyptien et de l’inscription phénicienne
qui l’accompagne”, Mém. AIBL 32 (1768), p. 725-738 et
3 pl.
“Lettres
sur quelques médailles phéniciennes”, Journal des Savants,
(août 1760, décembre 1761, novembre 1763).
“Réflexions
sur quelques monuments phéniciens et les alphabets qui
en résultent” [12 avril 1758], Mém. AIBL 30 (1764), p.
405-427 et 5 pl.
Lettre
à M. le Marquis Olivieri, au sujet de quelques monuments
phéniciens, pour servir de réponse à deux lettres insérées
dans le 54e volume des Transactions philosophiques, in-4°,
Paris, 1766.
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Autres Auteurs
BRIQUEL-CHATONNET F. & GUBEL E., Les Phéniciens.
Aux origines du Liban, Découvertes Gallimard, Paris,1998.
BRIQUEL-CHATONNET F., “L’abbé Barthélemy, déchiffreur
d’alphabets oubliés”, L’aventure des écritures.
Naissances, Exposition, Bibl. nat. de France, Paris, 1997, p.
166-169.
F.B.C. & P.B., "l'alphabet phénicien",
Liban, l'autre rive, Flammarion, IMA, 1998
DAVID M.V., “En marge du mémoire de l’Abbé
Barthélemy sur les inscriptions phéniciennes
(1758)”, Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions
et Belles-Lettres, 1961.
DUNAND Maurice, Byblia Grammata, Beyrouth, 1945.
GARBINI G., "la question de l'alphabet", in Les
Phéniciens, Direction scientifique de Sabatino Moscati,
Stock, Paris, 1997
LUYNES A. de, Mémoire sur le sarcophage et l’inscription
funéraire d’Eshmunazar, roi de Sidon, Henri Plon,
Paris, 1836.
MENDENHALL G.E., The Syllabic Inscriptions from Byblos,
American University of Beirut, 1988.
WEILL R., La Phénicie et l'Asie occidentale (des
origines à la conquête macédonienne),
A. Collin, Paris, 1939 |
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