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Tyr est sans doute l'une des plus
anciennes métropoles du monde. Dès le premier millénaire avant
l'ère chrétienne, des navigateurs phéniciens fondent les comptoirs
d'Utique, de Carthage, de Nora et de Sulcis, créant ainsi autour
de Tyr un véritable empire commercial, possédant le quasi-monopole
des échanges maritimes en Méditerranée et, le long de la côte
atlantique, du Pays de Galles à l'Afrique.
Mais
tels ne sont pas les seuls titres de gloire de la ville. L'invention
de l'alphabet, copié et adapté ensuite par les Grecs, n'est-elle
pas attribuée à Cadmos, ancêtre du peuple de Tyr ? Sa sœur,
Europe, a donné son nom à un continent. Et c'est aux Phéniciens
que l'on doit la découverte de la pourpre, devenue couleur symbole
des rois.
Mais grandeur et prospérité ont souvent alterné avec épreuves
et malheurs. La ville a subi plusieurs sièges dont ceux de Nabuchodonosor
et d'Alexandre - et connu des conquêtes successives qui l'ont
toutes affectée. Presque totalement détruite, elle ne sera que
partiellement reconstruite au XVIIIe siècle - sans jamais retrouver
sa gloire passée.
De superbes vestiges témoignent cependant de son ancienne grandeur
et de l'influence qu'elle a pu exercer sur les civilisations
méditerranéennes. Ces vestiges sont aujourd'hui en grand danger.
Tyr est une fois de plus menacée. Non seulement du fait des
opérations de guerre, qui infligent souffrances et destructions
à l'ensemble du Liban, mais aussi du fait d'une modernisation
peu respectueuse de l'harmonie des sites. La démolition de murs
et de monuments au profit de nouveaux bâtiments et de nouvelles
routes, les fouilles clandestines et le pillage d'objets de
valeur alimentent un trafic illicite, conjugués aux bouleversements
provoqués par les combats, font que, peu à peu, se perdent des
richesses irremplaçables et, avec elles, les traces de l'histoire
dont elles sont les derniers témoins.
Le
gouvernement du Liban a décidé, en conséquence, de solliciter
le soutien de la communauté mondiale pour entreprendre une Campagne
internationale de sauvegarde des principaux sites archéologiques
de Tyr, qui figure sur la Liste du patrimoine mondial depuis
1985.
En lançant aujourd'hui une Alerte patrimoine pour Tyr,
j'en appelle à tous ceux qui se sentent profondément concernés
par le sort de ce site exceptionnel, pour qu'ils sensibilisent
l'opinion mondiale du danger que court le patrimoine historique
de la ville et qu'ils unissent leurs forces en vue de lui éviter
tout nouveau dommage, toute nouvelle déprédation, jusqu'à ce
que l'Etat du Liban soit en mesure d'entreprendre les actions
nécessaires à la préservation et à la restauration du site.
La population et le gouvernement libanais ont certes la responsabilité
première de veiller à l'intégrité du patrimoine de Tyr. Mais
la communauté internationale doit, de son côté, en liaison avec
les autorités nationales, les y aider par la préservation de
l'inviolabilité du site, en empêchant le transfert et en décourageant
l'écoulement des objets illégalement acquis. Le concours des
organisations internationales, des gouvernements, des musées
et des spécialistes de l'art, est essentiel à cet égard.
Tous ensemble, faisons en sorte que le monde prenne conscience
de la place qu'occupe Tyr dans son passé, mais aussi dans son
avenir commun. Faisons en sorte que chacun, au Liban mais aussi
dans le reste du monde, sache les dangers qui menacent ce site.
Et qu'il participe à l'effort commun en vue de sa protection
et de sa préservation pour les générations futures.
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